Comment réduire l’impact environnementale de nos crèmes solaires et quelles alternatives adopter ?
À l’arrivée des beaux jours et des vacances, exposition rime avec protection ! Indispensables pour préserver la peau des risques de brûlures et des cancers, les produits solaires sont néanmoins mis en cause dans la pollution des océans et la disparition d’espèces sous-marines tels les coraux. Alors comment allier protection solaire et préservation de l’environnement? Existe-t-il des alternatives écologiques ?
Avec une incidence de 3 à 15 cas pour 100 000, les mélanomes cutanés occupent la neuvième place des cancers tous sexes confondus, provoqués majoritairement par l’exposition aux ultraviolets (UV) naturels (soleil) et/ou aux UV artificiels (cabines de bronzage). Le cancer par mélanome est par ailleurs le premier en termes d’augmentation de fréquence (multipliée par 5 en 20 ans chez l’homme et par 3 chez la femme). Parallèlement, la hausse des températures et la pollution menacent les récifs coralliens du monde entier et les coraux d’une majorité de sites touristiques parmi les plus prisés sont en danger, tels la Grande Barrière de corail, les baies d’Hawaï, celles des Îles Vierges des États-Unis ainsi qu’en Israël. Facteur de cette pollution, les produits solaires, qui se diluent dans les océans au rythme estimé de 1 litre / seconde, soit entre 6 000 et 14 000 tonnes déversés chaque année !
Lors des baignades, 25% de la crème appliquée se disperse dans l’eau, diluant au passage des composés nocifs. Mais la baignade n’est pas le seul vecteur de dispersion des produits solaires dans l’océan. Même sans se baigner après avoir appliqué de la crème solaire, celle-ci peut s’écouler pendant la douche et rejoindre l’océan via les canalisations. Par ailleurs, les aérosols pulvérisent souvent d’importantes quantités d’écran solaire dans le sable qui finissent par être emportées dans les océans.
Rôles et conséquences de l’utilisation des produits solaires
> Impact des filtres solaires sur la vie sous-marine
On estime à 30% la part des récifs coralliens qui ont été irréversiblement perdus du fait de la pollution des océans. Or, ceux-ci sont indispensables à la survie de l’éco-système marin, puisque 25% des espèces marines vivent en dépendance étroite avec le corail.
- Filtres chimiques
Un filtre chimique est constitué de molécules organiques qui réagissent avec les UV et absorbent les rayonnements à la place de la peau. Issus de la pétrochimie, ces filtres UV, très efficaces en termes de protection solaire, ont un effet délétère et agressif sur les coraux et sont responsables de leur blanchissement. En ligne de mire, deux composés chimiques sont particulièrement montrés du doigt pour leur toxicité : L’oxybenzone et l’octinoxate. Bien que ces deux
substances aident la peau à se protéger contre les rayons UV, elles entraînent décolorations et déformations du corail, et modifient son ADN, ce qui, à terme, perturbe sa reproduction et conduit à la mort du corail.
En outre, en restant en suspension dans l’eau, elles empêchent le passage des rayons UV et gênent alors la photosynthèse, contrariant plus encore le cycle de croissance du corail. L’oxybenzone modifie également les
hormones endocriniennes des larves du corail, ce qui conduit les jeunes coraux à s’étouffer dans leurs propres squelettes. À noter que ces molécules ont été retrouvées à des niveaux toxiques dans des poissons,
algues et coquillages et seraient, en outre, très nocives pour la fertilité humaine. - Filtres minéraux
Les filtres inorganiques, qui entrent très souvent dans la composition des crèmes dites « naturelles » ou bio, contiennent des particules métalliques, comme le dioxyde de titane (TiO2) ou l’oxyde de zinc (ZnO), qui
bloquent physiquement les rayons du soleil comme de petits miroirs. Du point de vue environnemental, ces filtres, utilisés sous des formes non-micronisées, présenteraient moins de risques que les filtres chimiques même si leur effet sur les espèces sous-marines reste encore à déterminer. Ces filtres UV pourraient notamment avoir des impacts sur le plancton. Une étude de l’université des Baléares publiée en 2014 a ainsi démontré que le dioxyde de titane pouvait
«inhiber la croissance du phytoplancton», qui est à la base de la chaîne alimentaire marine. L’oxyde de zinc aurait également une toxicité non négligeable « non seulement pour les coraux mais aussi pour toute la faune et la flore aquatiques. Par ailleurs, le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc, à l’état naturel, ne sont pas biodégradables. Sous forme de poudre non hydrosoluble, ils restent à la surface de la peau et finissent par se déposer au fond de la mer. - Nanoparticules
Le gros inconvénient des filtres minéraux dans les crèmes solaires – même s’ils sont efficaces c’est leur texture ! La crème est pâteuse, blanche, collante et donc peu sensorielle. Entrent alors en jeu les nanoparticules, particules de taille microscopique, entre 1 et 100 nanomètres, qui se retrouvent à l’état naturel mais qui peuvent également être obtenues industriellement à partir de divers matériaux, tels que le zinc, l’aluminium ou le carbone. Les filtres minéraux ainsi micronisés confèrent fluidité et bonne tenue aux produits. Quasi indétectables en raison de leur taille, les nanoparticules ont la faculté de franchir toutes les barrières biologiques et si leur effet dans l’organisme reste peu connu, les nanoparticules pourraient néanmoins, chez les hommes comme pour les espèces sous-marines, emprunter la circulation sanguine ou lymphatique et se déposer dans des organes.
> Impact des filtres solaires sur la santé
Les composés de nos produits solaires attaquent les coraux, provoquant la mort de ces végétaux, mais risquent aussi de se retrouver dans nos assiettes, au fil de la chaîne alimentaire à travers crevettes, coquillages ou poissons. Nous garderions même certaines de ces toxines sur notre peau. Le dioxyde de titane est quant à lui classé par le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dans le groupe des substances «cancérogènes possibles chez l’Homme (2B)» depuis 2006. Capables de franchir chez l’homme la barrière hémato-encéphalique, les nanoparticules sont hautement suspectées de provoquer des inflammations et lésions pré-cancéreuses.
> Impact économique
Au-delà de l’aspect environnemental et sanitaire de la pollution des océans, c’est tout un pan de l’activité économique qui est également menacé, notamment dans les zones touristiques. Si les récifs coralliens venaient à disparaître, nous aurons perdu un écosystème vital. L’économie mondiale en serait également impactée, puisqu’ils constituent une attraction touristique importante ainsi qu’une source de revenus pour ces sites touristiques populaires.
Des alternatives existent pour réduire l’impact environnementale de nos produits solaires
Avec les risques liés à l’exposition au soleil, pas question de faire l’impasse sur la protection solaire ! L’écran solaire permet toujours de protéger la peau contre les risques de brûlures et de cancer. Alors, Puisqu’il est exclu de ne pas appliquer de crème solaire en cas d’exposition, comment réconcilier les paramètres sécurité et écologie ? Vous pouvez relayer à vos
patients au comptoir quelques alternatives à adopter, au soleil en général et sur la plage en particulier.
> Du bon sens
- Rester à l’ombre
Le premier geste santé et écolo sera bien sûr de se protéger au maximum en restant à l’ombre, en emportant un bon parasol, ou en restant habillé. Mais, pour éviter d’appliquer une quantité trop élevée de crème solaire, il est préférable de s’exposer (et d’aller nager) en début ou en fin de journée. Entre 11 heures et 16 heures, l’ombre est notre meilleure alliée ! - Lire les étiquettes
Puisque le produit parfait n’existe pas, il faut déjà s’assurer que la crème solaire ne contient pas de molécule dont la toxicité n’est plus à prouver (l’oxybenzone (ou BP3), le plus nocif, l’octinoxate et l’octocrylène). - L’application des crèmes
En général, on s’applique de la crème solaire à n’importe quelle heure de la journée, quand l’envie nous prend, quand on pense que c’est utile, juste avant d’aller faire un plouf dans l’eau… Rappelez à vos patients d’adapter légèrement leurs pratiques en appliquant leur crème trente minutes avant d’aller se baigner, le temps qu’il faut pour que le produit contenant des filtres chimiques pénètre dans la peau.
> Les crèmes bio et naturelles
- Les produits sans nanoparticules
Les crèmes qui ne contiennent pas de nanoparticules ne peuvent pas être ingérées par les coraux et sont donc plus sûres. La mention « nano » est obligatoire sur tous les produits cosmétiques qui en contiennent, or l’association UFC Que Choisir a démontré que cette obligation n’était presque jamais respectée. - Les produits bio
À base de filtres minéraux, ils restent à priori moins nocifs que les produits composés de filtres chimiques. Néanmoins, le résultat est rarement à la hauteur des promesses, notamment en termes d’efficacité : l’action des filtres minéraux seuls ne peut pas suffire à garantir une protection SPF de 50, qui est généralement conseillée en cas d’exposition.
Le résultat observé sur les crèmes bio en test in vitro est souvent bien en dessous de ce qu’indique le flacon, nécessitant une application plus généreuse et plus fréquente. Dans le cas des cosmétiques certifiés bio, l’utilisation des nanoparticules est réglementée. Elles sont interdites en dessous d’une certaine taille (100 nanomètres). Une
crème solaire « bio » ne garantit donc pas l’absence de nanoparticules. Par ailleurs, notons que les crèmes contenant des filtres minéraux et sans nanoparticules ne conviennent pas à tout le monde. Très pâteuses, elles collent en plus de blanchir la peau. - Les formules biodégradables
En plus des crèmes solaires à base d’ingrédients naturels, il convient de privilégier des formules biodégradables et un contenant issu de produits recyclés et lui-même recyclable à 100 %. Ainsi, les matériaux utilisés pour la fabrication des tubes de crèmes solaires comptent. Privilégier les tubes et crèmes biodégradables ou recyclables est bien entendu tout aussi important pour éviter de contribuer à la pollution des plages et océans. La Roche-Posay, via la gamme Anthelios, propose ainsi un Eco-tube à base de carton recyclé, réduisant ainsi de 45% la part de plastique utilisé. - Les labels
Proposer des formules davantage respectueuses de l’environnement est désormais un impératif prioritaire en tête des préoccupations des fabricants de produits solaires. La réduction de l’impact environnemental est en effet devenue un critère important de choix des consommateurs, au moment de l’achat. Certaines marques ont ainsi créé leur propre label, attestant de la non-écotoxicité de leurs produits, néanmoins il est important de rappeler qu’aucune protection solaire n’a un impact nul sur les océans et qu’il n’existe actuellement aucune certification officielle fiable qui reprenne un cahier des charges cohérent et exigeant.
> Les textiles anti UV
Les textiles traditionnels, en fibres naturelles, ne sont pas conçus pour faire barrage aux UV. Ils constituent une protection par défaut qui atténue leur passage mais ne représentent en aucun cas un écran total. Les vêtements anti-UV sont en revanche aussi efficaces que l’écran solaire pour protéger la peau des rayons du soleil. Seul bémol, ils ne couvrent pas l’intégralité du corps. Principalement fabriqués en polyester ou élasthanne, ces fibres synthétiques contiennent des filtres UV naturels comme le dioxyde de titane qui réfléchit les rayons, et présentent l’avantage d’être efficace secs comme mouillés.
Pour un achat éclairé, il est de mise de vérifier que les textiles anti-UV respectent certaines normes. Parmi elles, citons les normes UV-Standar 801, qui détermine la résistance et la qualité des anti-UV ou encore UPF 50+ qui garantit une protection anti UV maximale (98 % des UV stoppés). Attention, l’oxybenzone, molécule toxique, est parfois ajouté à la composition des vêtements.